Musique et cosmétique

Parcours
Publié le 3 février 2020
Mis à jour le 25 mars 2020

Artifice pour camoufler les ravages du temps pour certains, art subtil de l’embellissement pour d’autres, le maquillage a mille et une fonctions. Et quand les artistes s’en emparent, il peut se révéler dérangeant à l’image du volontairement affreux Marylin Manson, hilarant comme Freddie Mercury grimé en femme au foyer dans le clip vidéo de « I Want To Break Free » ou lucratif et Rihanna l’a bien compris en lançant des collections de produits cosmétiques qui cartonnent. Qui a-t-il derrière l’acte du maquillage pour un groupe ou un artiste ? Ce parcours vous propose de vous en amuser à travers cinq exemples détonants.

I.
Se maquiller pour faire rire

« Zorro est arrivé », Henri Salvador, 1964

Avant d’être ce crooner élégant au costume impeccable, Henri Salvador était un sacré numéro. Au programme : déguisement, maquillage et chansons rigolotes dans le pur style du music-hall. Ici, la cosmétique est légère et sans arrière-pensée hormis celle de faire rire les téléspectateurs.

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Portrait photo de Henri Salvador, Studio Harcourt, 1946.

Qui est Henri Salvador ?

Né en 1917 à Cayenne, en Guyane, d’un père d’origine espagnol et d’une mère indienne caribéenne, Henri Salvador est un personnage truculent de la chanson française. Le jeune Henri et sa famille quittent leur Guyane natale pour venir s’installer en métropole dans les années 1920. L’enfant est débrouillard, roublard et plein d’énergie. Il fait volontiers l’école buissonnière et gagne vite sa vie dans les cafés en faisant le pitre avant de tenter sa chance à Paris. Guitariste de jazz, compositeur doué de chansons éternelles (« Syracuse », « Une chanson douce » ou encore « Maladie d’amour »), Henri Salvador est un pionnier du rock en français avec Boris Vian. Il est aussi humoriste et s’impose comme chanteur fantaisiste. Cultivant son image de débrouille, il fonde son propre label en 1959, baptisé “Rigolo”, qui abrite ses succès des années 1960. Car Henri Salvador est un entrepreneur avisé : il passe contrat avec Disney pour l’enregistrement de plusieurs musiques de dessins animés, désormais classiques… « Tout le monde veut devenir un cat », morceau swing des Aristochats (1970) ? C’est le label Rigolo. Mais la chanson marrante passe de mode et Henri Salvador aussi. En 2000, il fait un retour réussi et remarqué, à plus de 80 ans, avec un album à mille lieux des chansons qui ont fait sa renommée. Chambre avec vue, album aux influences brésiliennes et aux accents jazzy, lui vaudra un disque d’or et de renouer avec son statut de poète. Joli tour de main pour l’artiste qui s’éteindra à Paris en 2008.

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Affiche de spectacle aux Folies-Bergère, non datée (Anonyme, Crédits Photo RMN-Grand Palais - J.-G. Berizzi via www.histoire-image.org)

Contexte : Maquillage comique, la grande époque du music-hall

Le music hall a une histoire ancienne qui trouve ses origines à Londres, au XIXème siècle. Il s’agissait avant tout, d’un lieu de spectacle et de variétés où se produisaient chanteurs professionnels, mais aussi artistes de cirque, magiciens, acrobates, humoristes, danseurs (de claquettes ou de danses folkloriques). Ils abritent un drôle de monde qui attire les curieux de tout le Royaume-Uni pour ensuite traverser la Manche et égayer la France de la Belle Epoque. Paris en raffole et on ne compte plus les nouveaux établissements qui s’ouvrent dans la capitale. Le Moulin-Rouge, le Ba-Ta-Clan, les Folies-Bergère… toutes ces salles proposent des soirées bourrées de surprises, de fééries mais surtout de fêtes où les genres se mêlent jusqu’à l’aube : chanson, sketch, danses. Les artistes se griment pour chanter et faire rire les spectateurs de toutes les couches sociales. Ici les grimaces sont surlignées de rouge, de blanc ou de noir, des couleurs empruntées aux clowns. L’âge d’or du music-hall, devenu une véritable culture plus qu’un bâtiment, passera doucement après la Seconde Guerre mondiale. Le genre deviendra finalement ringard dans les années 1960, achevé par l’arrivée de nouvelles sonorités, de nouveaux artistes plus rebelles et électriques et surtout par la diffusion des téléviseurs dans tous les salons.

« Zorro est arrivé » par Henri Salvador, 1964

2:37

Qu’est-ce que « Zorro est arrivé » ?

Chanson extrêmement populaire à sa sortie en 1964, « Zorro est arrivé » doit son succès à un hasard fou. À l’époque, Henri Salvador amuse la France des années 1960 depuis plusieurs années avec ses chansons rigolotes et un peu bêbêtes qu’il autoproduit avec son label bien nommé « Rigolo ». Il aime se déguiser et se grimer, jouant sur son physique et sur une collection de personnages pour faire rire les téléspectateurs toujours plus nombreux avec l’installation massive des postes de télévision dans les foyers. “Zorro est arrivé” est, comme beaucoup de tubes de l’époque, une adaptation d’une chanson américaine. Il s’agit d’un morceau des Coasters, fameux groupe vocal de New York, qui délirent sur les cowboys. Pas de vaches et d’Indiens pour Henri Salvador qui préfère raconter l’histoire d’un héros qui fait son apparition dans les romans de gare et les BD françaises : Zorro. On murmure même qu’une série télévisée serait en préparation, mais rien n’est sûr… Bref, Henri Salvador flaire le bon coup et campe une galerie de personnages issus de l’histoire du vengeur masqué. Il est tour à tour Zorro, Sergent Garcia et même la belle Helena. En janvier 1965, rebondissement à peine croyable : la série TV Zorro existe bel et bien. Produite par le géant Disney, les épisodes ont conquis la France. Jackpot pour le morceau de Henri Salvador qui coiffe au poteau la bande originale “officielle” de Disney. L’entreprise passe un accord avec l’artiste qui enregistrera plusieurs morceaux des productions Disney dans les années à venir. Chapeau Zorro !

Paroles de « Zorro est arrivé »

Dans mon fauteuil, je regardais Le film à la télé Un type nommé Jojo le Bouffi Poursuivait la pauvre Suzy Il la coinca près de la scierie Et très méchamment lui dit : Si tu m'donnes pas ton ranch, en

Henri Salvador

Artiste

1917 - 2008
Cayenne, Guyanne
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Music-hall

Style

1850
Londres, Royaume-Uni
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