Klezmer

Style

Le klezmer, danser l’Exode

Le klezmer désigne une musique traditionnelle juive d’Europe de l’Est et ses nombreuses déclinaisons contemporaines. Le terme klezmer (קלעזמער en yiddish), est composé de kli (כלי) signifiant « instrument » et de zemer (זמר), « chant, chanson ». L’association de ces termes se traduit littéralement par « instrument de musique ». Ses musiciens se prénomment les klezmorims.

Cette musique se développe au Moyen-Âge, alors que le peuple juif subit des persécutions dans toute l’Europe. Il s’agit d’une réintroduction de la musique dans l’espace du culte alors que celle-ci avait été proscrite des synagogues en souvenir de la destruction du second Temple de Jérusalem en 70 après J-C. Le klezmer, assigné au temps de la fête, est le parent populaire d’une musique liturgique juive réservée au temple et interprétée par les musikants. Déconsidérés socialement jusqu’au début du XXème siècle, les klezmorims s’opposent aux musikants qui accompagnent le culte dans la synagogue.

Le klezmer se nourrit des musiques et des peuples qu’il côtoie au gré des exodes et persécutions que connaissent les communautés juives : tsiganes, slaves, grecs, turcs (ottomans) et plus tard américaines avec le jazz. Ce métissage a permis le développement d’un répertoire riche qui s’axe autour de mélodies entraînantes, faciles à mémoriser. Ancré dans un échange avec le public, une grande liberté est laissée aux tempii qui fluctuent en fonction de l’atmosphère et des réactions des spectateurs. Tempii est le pluriel de tempo, il s’agit de la vitesse de la pulsation d’une œuvre (que l’on compte en battements par minute), et donc de sa vitesse d’exécution. Le klezmer donne une large place à l’ornementation et à l’improvisation car cette musique, liée à la danse, s’inscrit dans une volonté de communion avec l’auditeur.

D’abord joué par des cordes frottées (violon, viole de gambe), frappées (cymbalum) et des percussions (tambour, grosse caisse, cymbale), le klezmer intègre au XIXème siècle des vents (clarinette) et des cuivres (trompette) sous l’influence des fanfares et harmonies militaires. La clarinette deviendra progressivement l’instrument phare du klezmer. Son timbre gémissant se rapproche des plaintes du Juif errant, personnage légendaire, qui expie ses fautes dans un exode perpétuel à travers le monde. Le XXème siècle et le jazz apporteront d’autres instruments comme le piano, la guitare et plus encore au gré des métissages avec les musiques électroniques, le rap, le funk …

Si jusqu’au XXème siècle les klezmorims étaient anonymes, certains musiciens vont devenir de véritables stars au début du XXème siècle, aidés par la révolution de l’enregistrement et la diffusion massive permise par le 78 tours. Voici une sélection de quelques klezmorims qui ont marqué le genre : les américains Naftule Brandwein et Dave Tarras au cours de la première moitié du siècle ou encore l’argentin Giora Feidman et le français Yom qui participe au renouveau du genre après les atrocités de la Seconde Guerre Mondiale.

Musique populaire dont la forme ne s’est jamais figée, l’ouverture du klezmer à des musiciens non-juifs s’est faite très tôt dans son histoire. Le klezmer continue encore de s’émanciper de sa vocation fonctionnelle d’accompagnement de fêtes religieuses en poursuivant ses métissages, ses errances à travers le monde.

Par Nathan Mary, étudiant en master 2 Médiation de la Musique, Université Sorbonne Nouvelle

Playlist

« Haneros Haluli » par H. Steiner, 1912

2:53

« Das Teureste in Bukowina » par Naftule Brandwein, 1924

3:09

« The Klezmer's Freilach » par Giora Feidman, 1998

3:52

« Schwart Doina » et « Al’s Dances » par Daniel Hoffman, 2011

5:00

« Le Silence de l’Exode » par Yom, 2014

3:52

« Tatar Tanz » par Les Flamants Noirs & Vassilena Serafimova, 2017

3:56

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