Style
Au cœur d’une nuit glaciale, avec la lune comme seul repère, vous arrivez face à un donjon mystérieux, niché en plein cœur d’un bosquet brumeux. A la fois fasciné et pantelant, vous décidez d’entrer dans cet étrange édifice. L’air est humide, les murs suintent et le vent siffle à travers les meurtrières. L’endroit semble inhabité mais vous distinguez des silhouettes à quelques mètres de vous, tapies dans le noir. Qu’importe ce que le destin vous réserve, vous dégainez votre glaive et vous vous préparez au combat.
A l’instar des romans de fantasy dont VOUS êtes le héros, le dungeon synth permet aux personnes rêvant d’évasion de voyager dans un univers surnaturel, lointain et fantasmé.
Le genre est arrivé dans les années 90, une période charnière où les jeux de rôle, tel que le célèbre Donjons & Dragons, s’essoufflent et deviennent ringards. A la place, ces vieilles barbes passent le flambeau aux jeux vidéo d’aventure, les RPG.
Quels sont les ingrédients secrets qui composent l’élixir du dungeon synth ?
Norvège, années 90, certains artistes de la scène black metal troquent leurs guitares saturées pour des synthés. Beaucoup de synthés… En effet, le dungeon synth opte pour une approche plus ambient du black metal, mais puise tout autant son esthétique dans la mythologie nordique, les rituels païens, ou encore dans les symboles occultes. On ajoute à cela un soupçon de créatures tout droit sorties du monde de Tolkien et le tour est joué ! Car voilà, les précurseurs du genre étaient des fans assumés du Seigneur des Anneaux. Parmi eux, on peut citer l’abject Varg Vikernes, alias Burzum qui emprunte la langue de Sauron et des Orcs pour son nom d’artiste.
A ses débuts, le dungeon synth est reconnaissable grâce à ses longues nappes sonores, ses textures froides, ses synthés exsudant la reverb, le tout produit de manière amateure et souvent brouillonne.
Obscur dès l’éclosion, le genre resté ultra-niche est vite tombé aux oubliettes… jusqu’à ce qu’Internet en fasse son affaire à l’aube des années 2010.
En 2011, un internaute dépoussière les archives et baptise le genre qui, jusque-là, n’avait pas de nom. Depuis, la communauté du dungeon synth n’a cessé de se développer sur les réseaux sociaux comme Reddit ou Facebook. Beaucoup d’artistes actuels sortent leurs albums en cassette, autant pour rendre hommage à l’esthétique rétro des RPG, que pour entretenir le côté underground de cette sous-culture.
Depuis son revival, le dungeon synth s’éloigne des sonorités des musiques extrêmes l’ayant enfanté, et laisse place à des ambiances plus kitsch et bucoliques, inspirées d’un univers médiéval romantisé.
Si vous pensiez maintenant tout connaître du lore du dungeon synth, sachez qu’en 2016, le rappeur Gucci Mane a samplé Burzum, évoqué plus tôt.
De quoi faire un joli pied de nez aux personnes réduisant le style à une musique de nerds terrés dans leurs chambres les volets fermés !
Pour atteindre les conditions d’écoute optimales, il vous suffit d’empoigner votre dé douze faces et de laisser parler votre imagination. A votre tour d’affuter votre épée et de vous laisser bercer par les mélodies mystérieuses, nostalgiques et épiques du dungeon synth.
Le dungeon synth est le son de l'ancienne crypte. Le souffle de la tombe, qui peut uniquement être correctement traduit en musique par quelque chose de primitif, de mort, de lo-fi, d'oublié, d'obscur et d'ignoré par la société.Andrew Werdna, inventeur du terme "dungeon synth", sur son Dungeon Synth Blog, 2011
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