Artiste
Paris, France
Colette Magny est de ces personnalités mémorables négligées des médias, mais exerçant toujours une forte attraction chez les aficionados de la chanson et de la parole crue.
Forte personnalité, farouchement indépendante et têtue, la chanteuse, autrice-compositrice et multi-instrumentiste, née à Paris en 1926 et révélée au grand public au début des années 60, est loin de s’être prêtée au jeu du show business. Déjà, parce qu’elle s’y est mise assez tardivement.
Alors qu’elle est encore assistante au siège de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE qui réunit les pays industrialisés), passionnée de blues, elle s’essaie à la musique afro-américaine et commence à composer, en français. En 1962, elle se lance : Colette Magny se produit dans les petits cabarets de la Contrescarpe à Paris, où elle trouve résidence pendant un an. Alors, elle démissionne et se consacre à la chanson… à 36 ans.
Ce changement de vie concorde avec l’affirmation d’une conscience politique aiguë et d’un vif désir de poésie. Colette Magny, insensible aux modes qui agitent la France des Trente glorieuses et au consumérisme naissant, veut être de son temps, celui d’une France qui change mais continue de s’accrocher à son rêve d’Empire colonial, en Indochine, en Afrique subsaharienne et bien sûr en Algérie. La chanteuse et poétesse est choquée par le sort réservé aux Algériens dans ces années qu’on ne nomme pas “guerre” mais “événements” d’Algérie (1954-1962). Colette Magny nourrira abondamment ses vers de cette réalité absente des hit-parades. Mais elle chante aussi l’amour et le tumulte des passions.
En 1963, son passage dans l’émission Le Petit Conservatoire de la Chanson, programme télévisuel très populaire, consacré aux jeunes talents par la chanteuse Mireille, la propulse sur le devant de la scène. Très vite, elle signe chez CBS-France et sort un premier disque hybride, Melocoton, mêlant blues, chanson française et mise en musique de poésies de grands auteurs, comme Rimbaud ou Hugo. Mais cet album, qui fait l’unanimité auprès de la presse et du public, ne la satisfait pas. Colette Magny, attentive aux aventures sonores du free jazz, veut explorer les genres musicaux et dire ce qu’elle pense, quoi qu’il en coûte. L’aventure CBS ne dure pas et elle est vite approchée par une maison de disque, plus dans ses affinités, indépendante, de taille modeste et proche de la gauche cultuelle et du Parti Communiste, Le Chant du Monde.
Magny s’essaie au jazz en français, à la chanson à texte, au free jazz, à la musique contemporaine… toutes les expérimentations sont permises. Parfois, elle brise les mélodies et oscille entre le chanté-parlé, le murmure et le cri. Son relatif isolement des arcanes du show buisiness ne l’empêche pas de jouer avec la crème des musiciens et expérimentateurs du jazz français de Michel Portal à François Tusques, de Maurice Vander à Patrice Caratini ou Beb Guerin et Michel Precastelli. Avec une constante : défendre ses convictions et ses parti-pris esthétiques. Elle fait l’éloge des Black Panthers, soutient la lutte contre la guerre du Vietnam et prend parti pour la paix en Palestine, elle éructe, défait les rythmes et case les mélodies pour mieux les réinvestir. Elle est de toutes les manifestations et se produit sur bon nombre de scènes militantes malgré une mobilité difficile due à ce corps volumineux qui la taraudera tant. Mais cela a un coût : Colette Magny est souvent censurée à la radio et à la télévision, et se fait aussi des ennemis dans les milieux militants parfois sectaires, se revendiquant universaliste mais pas engagée.
Malgré ses trente ans de carrière, plus que jamais prête à se fâcher et à brandir le poing, elle dérange à tel point qu’elle produit son dernier album dans son coin et n’hésite d’ailleurs pas à qualifier “les marchands de musique […] de porcs”. Malade, elle se retire dans le Tarn et Garonne où elle développe un festival qui lui survivra, comme ses chansons, qui continuent aujourd’hui d’être passées de bouche à oreille, trésors à préserver des temps difficiles.
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